Contre le choc des
civilisations, un nouvel internationalisme
La paix est notre bien le plus précieux. Or, comment ne pas s’inquiéter de l’évolution actuelle du cours des choses ? Quatorze conflits armés sont en cours. Parfois aux portes de l’Union Européenne comme avec le conflit en Géorgie, sur fond de résurgence de la guerre froide que l’on croyait appartenir au passé. Les dépenses militaires ont augmenté de 45% au cours des dix dernières années avec une véritable course à l’armement dans certains pays comme la Russie. Pendant plus de 40 ans, la guerre froide a divisé une grande partie du monde en deux camps opposés. Le nouvel ordre mondial est beaucoup plus complexe et plus fragile, avec de nouvelles menaces, plus diverses et imprévisibles: une nouvelle politique de sécurité internationale doit être conçue au niveau mondial. L’ONU, qui doit être réformée pour être plus efficace et mieux représenter les différentes régions de la planète, constitue pour nous le seul cadre possible. Le fiasco irakien montre à quel point toute action en dehors de ce cadre est dangereuse et vouée à l’échec. Georges W. Bush a profondément déstabilisé le monde en lançant sa croisade du « bien » contre le «mal ».Nous devons tout faire pour éviter le choc des civilisations auquel cette politique nous mène.
Le multilatéralisme doit être notre cadre d’action et l’alliance des civilisations notre objectif. A cet égard, nous sommes inquiets de l’évolution de notre mission en Afghanistan. Nous étions en 2001 dans une mission de paix sous l’égide de l’ONU. Nous avons glissé depuis quelques mois vers une mission offensive anti talibans sous l’égide de l’ONU, et derrière les Etats-Unis, avec les conséquences que l’on connaît : nous sommes aujourd’hui perçus de plus en plus comme une armée d’occupation. S’il n’est pas possible de nous retirer maintenant parce que nous ne pouvons pas baisser les bras face au terrorisme, nous souhaitons une réorientation de notre mission : nous devons intervenir prioritairement en appui à l’armée afghane, des moyens doivent être engagés pour engager le développement du pays et des discussions doivent être engagées avec les chefs de tribus non liés avec Al Qaïda pour construire une issue politique.
Dans le même registre, nous sommes opposés à la transformation que prépare Nicolas Sarkozy de notre armée en une simple division de l’OTAN, conséquence de la réintégration au sein du commandement militaire. Notre diplomatie en paierait le prix notamment en nous fragilisant aux yeux des pays arabes. Nous devons au contraire nous concentrer sur la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Aucun nouveau transfert de souveraineté n’est envisageable ni souhaitable en dehors de ce cadre. La montée en puissance de la capacité de l’Europe en matière de défense est une priorité : nous plaidons pour la création d’un corps d’armée européen sous commandement européen. Nous sommes également favorables à une défense européenne commune.
L’Union Européenne comme la France doivent aussi être à la pointe des efforts pour empêcher une course à l’armement. Nous devons appuyer la ratification mondiale de la Convention d’Ottawa sur
l’interdiction des mines antipersonnel, contribuer au travail d’Oslo visant à interdire les bombes à fragmentation, promouvoir un traité mondial sur le contrôle du commerce des armes, œuvrer pour
la non prolifération des armes nucléaires et tout faire pour que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. Nous devons agir à cet égard dans le cadre strict des instances internationales
c’est-à-dire de l’ONU. Dans cette nouvelle alliance des civilisations que nous prônons, deux questions nous semblent très importantes. La première est celle du règlement du conflit
israélo-palestinien, dramatique pour ceux qui en subissent directement les conséquences depuis des décennies, mais aussi pour l’ensemble du monde en alimentant les ressentiments entre les
peuples. Des solutions existent. L’Europe et la France doivent pleinement s’engager pour un règlement négocié du conflit israélo-palestinien conforme aux résolutions de l’ONU. L’existence et la
sécurité de l’Etat israélien et du futur Etat palestinien doivent être garantis. Le départ de l’administration Bush, et, espérons-le l’arrivée de Barak Obama aux responsabilités, doivent être mis
à profit pour relancer et faire aboutir le processus de paix. La question de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est également fondamentale. Rien ne serait pire que de revendiquer pour
l’Europe de devenir un « club chrétien ».C’est la raison pour laquelle nous sommes favorables à la poursuite des négociations. Le chemin sera long et nous ne devrons faire aucune concession sur
nos valeurs. Il faudra nous y préparer nous-mêmes.
Enfin, nous refusons que le combat de la France pour les droits de l’homme soit remis au second plan : nous disons non à la diplomatie « du carnet de chèques » magnifiée par Nicolas Sarkozy.
L’Etat doit bien sûr aider ses entreprises à conquérir des marchés et l’implication personnelle du chef de l’Etat ne nous choque pas. Mais la défense des Droits de l’Homme doit toujours primer.
L’accueil en grande pompe des dirigeants, de la Libye ou de la Syrie est profondément critiquable. Ces actes, associés à des discours catastrophiques comme celui à Dakar en 2007, niant le rôle de
l’Afrique dans l’Histoire et mettant en doute ses perspectives d’avenir, écornent largement l’image de la France dans des pays qui attendent beaucoup de nous. Reprenons le flambeau d’une France
porteuse des droits de l’Homme et d’un monde plus juste, d’un nouvel internationalisme en d’autres mots.